Des fonctionnaires noirs de la Ville de Montréal réclament des mesures concrètes pour lutter contre le racisme systémique au sein des institutions publiques, affirmant que des années de préoccupations et de recommandations doivent désormais déboucher sur des changements significatifs.
Ces nouveaux appels surviennent alors que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) fait l’objet d’une surveillance accrue à la suite d’allégations de racisme et d’inconduite impliquant des agents dans le secteur de Montréal-Nord.
Un comité représentant les employés municipaux noirs a écrit aux autorités pour exiger des mesures, soulignant que ces préoccupations dépassent le cadre du service de police.
Des appels à l’action plutôt qu’à de nouvelles promesses
Dans leur lettre, les employés municipaux noirs affirment qu’ils soulèvent des préoccupations concernant le racisme depuis des années.
Ils soutiennent que la situation exige des solutions concrètes plutôt que de nouvelles promesses d’étudier le problème.
Selon les informations rapportées, des employés de divers services municipaux ont déjà entrepris des démarches pour faire part de leurs inquiétudes, notamment en rencontrant les ressources humaines et des responsables municipaux, ainsi qu’en préparant des recommandations et des mémoires.
Pour ces employés, la situation actuelle offre aux institutions l’occasion de passer de la simple reconnaissance du racisme systémique à la mise en œuvre de mesures mesurables pour y remédier.
Allégations au sein du service de police de Montréal
Ce regain d’attention fait suite à des événements impliquant le poste de quartier (PDQ) 39 du SPVM, à Montréal-Nord, où une unité de patrouille a été démantelée le 12 juin après de graves allégations de racisme et d’inconduite.
La direction du service de police a annoncé que deux agents avaient été suspendus et 14 autres réaffectés à la suite de ces allégations.
Le chef de police Fady Dagher a indiqué que l’enquête avait débuté en mars, après que des informations eurent été transmises par d’autres agents.
Ces développements ont également suscité des inquiétudes parmi les employés noirs du service de police. Selon La Presse canadienne, des membres noirs de la police de Montréal avaient précédemment écrit à un haut gradé pour exprimer leurs craintes de représailles s’ils signalaient des cas de racisme.
Ces lettres ont été transmises au bureau de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada.
Appels à une enquête publique indépendante
Le débat soulève également la question de savoir si une enquête interne de la police suffit pour traiter des allégations impliquant le corps policier lui-même.
Dardia Joseph, avocate à la Clinique juridique Saint-Michel, a déclaré que le groupe qu’elle représente réclamait une enquête publique complète.
Elle a soutenu qu’une institution enquêtant sur elle-même ne peut offrir le niveau de transparence et de reddition de comptes exigé par le public lorsque les allégations portent sur le profilage racial et le racisme au sein du service de police.
La ministre Christine Fréchette a annoncé qu’un observateur serait chargé de surveiller l’enquête policière. Toutefois, aucune enquête publique n’avait été lancée au moment de la publication du rapport.
Le gouvernement provincial a indiqué qu’il souhaitait prendre connaissance des résultats de l’enquête en cours avant de déterminer les mesures à prendre par la suite.
Préoccupations concernant le profilage racial
Les appels à une plus grande responsabilisation surviennent dans un contexte de plaintes liées au profilage racial et à la discrimination raciale.
Mme Joseph a précisé qu’entre 2024 et 2025, 493 plaintes ont été déposées concernant du profilage racial ou de la discrimination raciale de la part de membres des forces de l’ordre.
Selon les chiffres cités dans le rapport, sept de ces plaintes ont été portées devant le comité de déontologie policière de la province, deux d’entre elles ayant abouti à une conclusion d’acte dérogatoire.
Pour les défenseurs des droits, ces chiffres renforcent l’argument selon lequel des mécanismes plus robustes sont nécessaires pour garantir que les plaintes fassent l’objet d’une enquête adéquate et que le public ait confiance dans le processus.
L’importance d’une surveillance indépendante
Les défenseurs des droits soutiennent qu’une surveillance indépendante est essentielle lorsque des allégations visent une institution chargée d’enquêter sur elle-même.
Mme Joseph a affirmé qu’une enquête interne et une enquête publique pourraient se dérouler simultanément, plutôt que d’attendre la fin d’un processus pour en entamer un autre.
Elle a évoqué des recherches antérieures, des décisions de justice et des controverses publiques pour démontrer qu’il existe déjà suffisamment d’informations pour justifier un examen approfondi.
Le débat ne porte donc pas uniquement sur un incident ou un groupe d’agents en particulier. Il soulève des questions plus larges sur la manière dont les institutions identifient et traitent le racisme systémique, ainsi que sur les réponses qu’elles y apportent.
Un historique d’appels au changement
Montréal a déjà connu des enquêtes et des débats publics concernant le racisme et les pratiques policières.
Mme Joseph a rappelé que la dernière enquête publique sur le racisme au sein du service de police de Montréal avait fait suite au décès de Fredy Alberto Villanueva en 2008.
La référence à cette enquête antérieure souligne la persistance des préoccupations concernant les pratiques policières et la discrimination raciale à Montréal.
Pour les fonctionnaires noirs et les acteurs communautaires, la récurrence de telles préoccupations amène à se demander si les recommandations précédentes ont réellement entraîné un changement institutionnel suffisant.Vers une réforme
L’un des messages clés des employés municipaux noirs est que la simple reconnaissance du racisme ne suffit pas.
Pour réaliser des progrès significatifs, les institutions doivent mettre en place des mécanismes clairs permettant de signaler les préoccupations, de protéger les employés et les membres du public qui se manifestent, d’enquêter de manière indépendante sur les allégations et d’assurer l’obligation de rendre des comptes lorsque des fautes sont avérées.
Cela nécessite également d’être à l’écoute des employés qui vivent directement ces défis institutionnels.
Les fonctionnaires noirs ne se contentent pas de souligner des problèmes au sein du milieu de travail. Leurs revendications témoignent de la responsabilité plus large qui incombe aux institutions publiques : garantir une prestation équitable des services et permettre aux employés comme aux résidents d’avoir confiance dans les systèmes conçus pour les servir.
Renforcer la confiance du public
La confiance entre les communautés et les institutions publiques est difficile à bâtir et peut être ardue à rétablir une fois qu’elle a été ébranlée.
Pour les communautés ayant subi ou signalé du profilage racial et de la discrimination, la transparence et l’obligation de rendre des comptes revêtent une importance particulière.
Une réponse efficace doit donc s’attaquer tant aux incidents individuels qu’aux structures plus larges susceptibles de perpétuer des pratiques discriminatoires.
Les appels actuels des employés municipaux noirs offrent aux autorités de Montréal et du Québec l’occasion d’examiner les systèmes en place et de déterminer si un renforcement des mécanismes de surveillance indépendante et de reddition de comptes s’impose.
La nécessité de changements concrets
Les revendications des fonctionnaires noirs surviennent à un moment où l’attention du public est fortement mobilisée par la question du racisme systémique au sein des institutions montréalaises.
Leur message est clair : des années passées à exprimer des préoccupations, à formuler des recommandations et à réclamer des changements doivent désormais déboucher sur des actions concrètes.
Qu’il s’agisse d’une surveillance accrue, d’enquêtes indépendantes, de mécanismes de plainte améliorés ou de réformes institutionnelles plus vastes, l’objectif est de veiller à ce que les préoccupations liées au racisme systémique soient traitées de manière transparente, crédible et significative.
Pour les fonctionnaires noirs et les acteurs communautaires de Montréal, la priorité est désormais de dépasser le stade des promesses pour passer à l’action concrète — une action capable de renforcer la reddition de comptes, de rétablir la confiance et de contribuer à bâtir des institutions publiques où chacun est traité avec équité et dignité.
